#5 Naomi, témoin fragile
Pressée par Naomi de retourner auprès de son peuple et de sa famille, Ruth prononce ces paroles qui vont traverser les siècles et demeurent bien connues aujourd’hui (Ruth 1.16) :
« Où tu iras, j’irai ; où tu habiteras, j’habiterai ; ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu. Où tu mourras, je mourrai, et j’y serai enterrée. »
Paroles simples. Paroles radicales. Paroles qui engagent toute la vie de Ruth.
Nous méditerons plus longuement, la semaine prochaine, sur la portée profonde de cette déclaration.
Mais aujourd’hui, arrêtons-nous un moment sur ce qui a conduit Ruth à s’approcher du Dieu d’Israël, Yahweh, alors qu’elle avait grandi dans un monde si différent.
Deux peuples, deux visions du divin
Bien que la langue et l’écriture des Moabites et des Israélites aient été proches, une différence essentielle les séparait : leurs dieux.
Les Israélites adoraient, Yahweh, le Dieu de l’alliance, celui qui s’était révélé à Noé (Genèse 6.18), Abraham (Genèse 17.7), et Jacob (Exode 2.24). Yaweh, celui qui avait libéré, guidé, nourri, protégé son peuple. Un Dieu vivant, qui parle, qui conclut une alliance éternelle, qui conduit vers la Vie.
Les Moabites, eux, descendaient de Moab, né d’une relation incestueuse entre Lot et sa fille (Genèse 19.37). Ils adoraient Kemosch (Nombres 21.29), une divinité guerrière et sanguinaire à qui l’on allait parfois jusqu’à sacrifier ses enfants (2 Rois 3.26-27).
Peux-tu imaginer l’enfance de Ruth dans un tel contexte païen, de violence religieuse et de sacrifices innommables ? Aucune prédisposition apparente ne semblait la préparer à se tourner vers Yahweh, le Dieu de Naomi.
Naomi, lumière fragile
On peut imaginer que c’est auprès de la famille de son mari, Machlon, et surtout auprès de Naomi, que Ruth a entendu pour la première fois le nom de Yahweh.
Même dans la souffrance, la culpabilité et la vulnérabilité, Naomi a, semble-t-il, continué à être fidèle, sans se compromettre avec les dieux étrangers malgré la pression de la culture environnante. Elle a certainement raconté à sa famille et à ses belles-filles les prodiges du Dieu d’Israël.
Naomi avait quitté Israël. Elle avait tout perdu. Remplie de doutes et de questions, animée par une profonde amertume, elle brille néanmoins au milieu des ténèbres des moabites. Malgré ses blessures, ses doutes, elle a continué à transmettre quelque chose de la fidélité de Dieu. Sa foi demeure profonde et vivante. Et c’est dans cette foi fragile, vacillante, que Ruth a vu briller une lumière différente.
Peut-être Naomi croyait-elle, au fond de son cœur, qu’elle n’avait plus rien à offrir, que Dieu s’était détourné d’elle et de sa famille, qu’elle n’était plus digne d’être témoin du Dieu de l’alliance qu’elle avait en quelque sorte trahie ? Mais Dieu, dans sa grâce, va se servir d’elle pour conduire Ruth vers la vie.
Je trouve cela profondément inspirant et encourageant. Naomi, fragile, vulnérable, blessée, amère, était peut-être la seule lumière au milieu des ténèbres de Moab, et Dieu a utilisé sa foi fragile pour apporter la Vie.
Dieu se sert aussi de ta fragilité
Dieu t’appelle, toi aussi, à être témoin là où tu es.
N’attends pas d’être forte, que tout soit réglé dans ta vie ou que tu comprennes enfin tout ! Sois témoin:
Aujourd’hui.
Comme tu es.
Avec ta fragilité.
Parce que Dieu ne demande pas une foi parfaite : il demande un cœur tourné vers Lui, qui continue à croire au travers de l’épreuve, et malgré les doutes.
Notre rôle est d’aimer, de témoigner, de raconter…
La réponse appartient à chacun. Dans le récit, Ruth choisit Yahweh. Orpa, elle, retourne vers ses dieux et sa culture. (Ruth 1 : 14-15)
Comme église, communauté, comme femmes de Dieu, nous sommes appelés à raconter la Grande Histoire de Dieu, ainsi que notre propre histoire avec Lui, avec sincérité et douceur.
Notre mandat, par la puissance reçue de Dieu, est d’être témoins, ici et jusqu’aux extrémités de la terre (Matthieu 28.19-20 ; Actes 1.8).
Nous savons que c’est l’Esprit de Dieu qui convainc de péché (Jean 16.8) et que Jésus seul sauve (1 Timothée 1.15). Pourtant, Dieu choisit de travailler avec des personnes faibles et vulnérables, comme toi et moi (1 Corinthiens 1.27). Quel privilège!
Ruth venait d’une autre culture, d’une autre langue, d’une autre religion.
Pourtant Naomi n’a pas hésité à l’aimer, n’a pas laissé ces différences devenir des murs : elle a raconté Yahweh, elle a laissé voir Sa fidélité.
Aujourd’hui encore, autour de nous, il y a des femmes étrangères — au travail, dans nos quartiers, parfois même dans nos familles — qui attendent qu’une Naomi leur raconte l’amour du Dieu vivant. Peut-être que Dieu t’appelle à être cette Naomi pour quelqu’un, sans laisser la peur de la différence t’intimider ?
Soyons remplies de courage, de joie et d’audace pour vivre et partager cette Bonne Nouvelle, même dans l’épreuve ou le doute. Dans sa faiblesse, Naomi a été l’instrument de Dieu pour la conversion de Ruth.
L’histoire écrite par un Dieu fidèle
Je prie que nous redécouvrions ensemble la puissance de Dieu qui Dieu écrit son Histoire à travers nos vies, parfois dans la faiblesse, parfois dans les larmes, mais toujours dans la fidélité. Et que nous ayons la joie de voir des « Ruth » d’aujourd’hui se lever et dire :
« Ton Dieu sera mon Dieu. »
Car nous savons, que rien, aucun doute, aucune épreuve ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.
« Au contraire, dans tout cela nous sommes plus que vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés… Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »
(Romains 8.37-39)
Sois lumière là où tu es…
Auteur/autrice
myrillesm@gmail.com
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