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Naomi quitte donc Bethléhem — la « maison du pain » — avec son mari et ses deux fils. En abandonnant Canaan, ils s’éloignent des conseils et de la loi de Dieu. -Le récit ne dit pas si Naomi approuvait ce départ ou si elle a suivi son mari en silence. –

Dans les premiers versets du chapitre 1 s’ouvre devant nous l’histoire de Naomi et des siens : une famille, des choix mal heureux, des attentes déçues, et des blessures profondes. La route censée les conduire à la prospérité devient un sentier de souffrance.
En quelques versets seulement (Ruth 1.3–5), le texte dit l’insoutenable : la mort s’abat sur cette famille. Naomi perd son mari, puis, après quelques années, ses deux fils.

Machlon et Kiljon avaient pris pour femmes Orpa et Ruth, deux jeunes Moabites. La loi n’interdisait pas formellement ce mariage (Deutéronome 7.3–4), mais les Moabites vivaient sous l’influence du culte de Kemosh et d’autres dieux, loin des ordonnances de Yahweh.


Naomi se retrouve alors dans la solitude d’un pays étranger : veuve, sans descendance, sans soutien. Ses deux belles-filles, elles aussi veuves et sans enfants, sont tout ce qu’il lui reste.
À cette époque, être femme, étrangère, veuve et sans héritier, c’est être sans avenir, sans ressources, sans protection.

Le récit est pudique. Il ne dit presque rien des sentiments qui doivent se bousculer dans le cœur de Naomi : colère ? Culpabilité ? Révolte ? Désespoir résigné ?
Pourtant, deux versets nous laissent entrevoir son cœur.

Au verset 8, Naomi encourage Orpa et Ruth à retourner chez elles, vers leur peuple. Elle n’a aucun avenir à leurs offrir. Alors, elle les bénit :
« Que l’Éternel agisse avec bonté envers vous… »
Le mot employé est hesed — bonté, grâce, fidélité, amour loyal. Un amour qui se fait geste, présence, action.
Malgré sa douleur, Naomi invoque la hesed de Dieu.
Serait-il possible qu’au milieu de ses larmes, elle croit encore en la bienveillance de Yahweh — pour Orpa, pour Ruth… – peut-être pour elle-même ?

Au verset 13, elle confesse aussi son amertume :
« La main de l’Éternel s’est étendue contre moi. »
Naomi connaît Dieu. Elle a goûté à sa bonté, à sa miséricorde. Pourtant elle reconnaît aussi, avec le réalisme de sa vie brisée, que Dieu reste souverain, même dans le malheur.

À l’époque des Juges, le peuple oscillait sans cesse entre désobéissance, oppression, repentance, délivrance : un cycle bien connu, répété et certainement connu de Naomi.
Elle lit peut-être son histoire avec cette même perspective. Elle voit dans ses pertes la conséquence de choix mauvais, de l’ éloignement de l’alliance. Mais elle sait aussi que Dieu intervient, par grâce, pour ramener son peuple à lui.

Ainsi, Naomi est capable de réconcilier ces vérités qui semblent contradictoires :
la grâce et la justice de Dieu, sa providence divine et la responsabilité de l’homme.
Dans la solitude, la tristesse et la confusion, elle sait discerner la main de Dieu, invisible mais agissante.

Nous touchons ici un mystère profond : Dieu et la souffrance.
Voici quelques repères bibliques qui ancrent mon cœur dans la vérité :

Le mal est toujours mal. Dieu le condamne.

Dieu est tout-puissant, souverain sur l’infiniment grand comme sur l’infiniment petit.

Dieu est bon. Il n’est jamais complice avec le mal, et le mal n’aura pas de place dans l’éternité.

Alors, comment lire Dieu dans nos souffrances ?


Crois-tu encore à sa hesed quand la vie ne fait plus sens ?
Penses-tu parfois, comme Naomi, que sa main s’est levée contre toi ? Ou que tu n’es plus digne de sa bonté ?
Est-ce possible que Dieu soit pleinement souverain sur les bons comme sur les mauvais jours,
et que nous restions pourtant responsables de nos choix et de leurs conséquences ?

Dieu, notre Créateur, nous a façonnés avec tendresse pour que nous glorifiions son nom. Dans sa grâce, il nous a donné la loi — une loi de liberté — un cadre de vie où l’âme peut s’épanouir, grandir à son image.
Il nous dit : « Choisis la vie, afin que tu vives. »
Si je demeure dans ce cadre, je demeure dans la Vie.
Si je m’en éloigne, je me prive de la source, je m’égare en cherchant satisfaction dans des choses qui ne pourront jamais combler mon cœur.

La famille de Naomi a quitté ce cadre et les conséquences sont douloureuses.
Et pourtant nous verrons que rien de tout cela ne pourra empêcher Dieu de déployer sa grâce et d’offrir sa rédemption. Le livre de Ruth nous aidera, je l’espère, à mieux comprendre comment ces deux réalités coexistent dans la plan divin. Nous observerons comment Dieu écrit la rédemption dans les lignes même de nos échecs et de nos désobéissances.

La Parole de Dieu est Parole de Vie et elle contient aussi des silences.
Si certains silences éclairent, d’autres demeurent mystères.
Le silence n’est pas l’absence de Dieu et je n’ai pas à remplir les silences de Dieu par mes suppositions, car
c’est aussi dans ces espaces silencieux que Dieu prépare et manifeste sa fidélité…

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