#12 Ruth: lave-toi, parfume-toi et revêts tes plus beaux habits.
Ruth 3: 1-5
La moisson touche à sa fin. Bientôt, tous les travailleurs se retrouveront sur l’aire de battage, en fin de journée, lorsque la fraîcheur et la brise du soir souffleront, pour trier le grain et sécuriser la récolte. C’est un jour de joie, de reconnaissance, de festivités, surtout pour ce peuple qui vient de traverser des années de famine.
Pour Ruth aussi, ce jour marque la fin de ses longues journées de travail dans les champs. Mais il la renvoie également à la réalité de sa situation. Si, par la grâce de Dieu et la générosité de Boaz, elle a pu récolter assez de grain pour les semaines, mois à venir, son avenir demeure incertain.
L’auteur du livre de Ruth nous laisse entrevoir, au chapitre 2, le potentiel de cette rencontre improbable entre Boaz et Ruth, la manière dont Boaz manifeste la bienveillance et la protection divine envers elle. Nous sommes curieux de savoir si quelque chose va naître entre eux. Pourtant, le chapitre se termine sobrement, sans étincelle apparente.
Ruth apprécie-t-elle Boaz ? A-t-elle rencontré quelqu’un de plus jeune et sympathique ? Se sent-elle indigne d’avoir une relation privilégiée avec un homme tel que Boaz, respecté, riche, israélite ?
Boaz est-il intimidé par Ruth ? Veut-il respecter son deuil et attendre encore ? Attend-il qu’un parent plus proche se manifeste ?
Nous pouvons imaginer bien des choses dans le cœur de Ruth et de Boaz…
Le temps passe… le temps de Dieu. N’oublions pas que l’un des thèmes essentiels de ce récit est l’action souveraine et la providence invisible de Dieu dans la vie de Naomi, de Ruth et de Boaz — mais aussi dans la nôtre.
Naomi, malgré sa détresse, son amertume et ses souffrances, en est convaincue. Elle a confiance en Yahweh et pense à l’avenir de sa belle-fille. Elle sait que Dieu dirige leur vie et leur avenir. Elle ne reste pas assise à s’apitoyer sur son sort ni sur la précarité de leur situation. Sa foi ne l’empêche pas de réfléchir et de proposer à Ruth un plan audacieux. Ce n’est pas contradictoire.
Elle invite Ruth à faire une étrange démarche qui ressemble à une demande en mariage selon les coutumes de l’époque. Elle lui propose de se rendre, de nuit, seule, dans une aire où les hommes ont festoyé et bu toute la journée. Elle devra observer attentivement où Boaz s’allongera pour la nuit — afin de ne pas se tromper — puis aller se coucher à ses pieds.
Et comme si le plan n’était pas déjà risqué, Naomi reconnait qu’elle ne peut garantir l’issue de cette démarche. Tout dépendra de la réaction de Boaz. Ruth sera entièrement à la merci de son cœur. Il est un homme respecté, il connaît la tradition, il détient la clé de l’issue de l’histoire.
Ruth va-t-elle vraiment se lancer dans ce projet audacieux ?
Comprendre les lois et coutumes de l’époque
Avant de poursuivre, rappelons brièvement deux lois importantes qui régissent les familles et les héritages à l’époque.
La première est la loi du lévirat (Deutéronome 25 :5-10). Dieu ne voulait pas qu’une femme soit abandonnée et vulnérable si son mari mourait sans descendance. Un beau-frère devait épouser la veuve afin de donner une descendance au nom du défunt. Cette loi visait à protéger socialement la veuve, à conserver les terres dans la famille et à assurer la continuité de la lignée.
La deuxième concerne le droit de rachat (Lévitique 25). Un membre de la famille, appelé « Go ’el » — le rédempteur — avait le droit de racheter les terres d’un parent en difficulté (à cause de dettes, de décès ou de pauvreté) afin de préserver l’intégrité économique de la famille. Cette loi garantissait aussi que le pays promis reste entre les mains du peuple hébreu.
Ce terme de « rédempteur » sera d’ailleurs plus tard attribué à Jésus, le Rédempteur de l’humanité, qui a payé le prix de notre rachat (Galates 4 :4-7).
Naomi connaît la loi et c’est pourquoi elle propose ce plan à Ruth. Mais il est intéressant de noter qu’une fois encore, Ruth et Boaz vont aller au-delà de ce que la loi exige. Ils placent les intérêts de l’autre avant les leurs, et c’est avec cette attitude qu’ils accueillent le plan de Naomi.
En effet, Boaz est un parent, mais il n’a pas d’obligation immédiate. Pourtant, il a déjà généreusement pourvu aux besoins de Naomi et de Ruth. Il ira même plus loin : il s’engagera à donner une descendance à la lignée d’Élimélek, renonçant ainsi à inscrire cet héritier sous son propre nom. C’est un acte d’une générosité rare, à une époque où le nom et la descendance portaient l’honneur de la famille.
Ruth, quant à elle, n’a aucune obligation légale. Elle n’a plus de beau-frère. Elle pourrait chercher un autre avenir, peut-être un mari plus jeune ou plus riche. Pourtant, elle choisit d’honorer son engagement envers Naomi et la famille de son mari défunt.
Lave-toi, parfume-toi et revêts tes plus beaux habits
Revenons au récit.
Ces gestes peuvent nous sembler simples. Mais, replacés 3000 ans en arrière — sans eau courante, sans vêtements prêts à porter, considérant des heures de marche et de travail sous le soleil des moissons — ils prennent une dimension particulière.
Ruth est veuve. Elle porte probablement des vêtements de deuil.
Se laver.
Se parfumer.
Revêtir d’autres habits.
Ce sont des gestes profondément symboliques.
En les accomplissant, Ruth accepte d’entrer dans une nouvelle saison de sa vie. Elle choisit de tourner la page. Elle a déjà démontré son courage en quittant son pays pour suivre Naomi. Ici encore, elle accepte de clore un chapitre important de son passé pour s’ouvrir à son avenir.
Parfois, nous aspirons à un nouvel avenir tout en refusant de fermer le chapitre précédent. Nous entretenons des liens — émotionnels, relationnels ou spirituels — avec ce qui appartient au passé. Ou bien nous rêvons de changement en restant passifs, en attendant que les choses se fassent toutes seules.
Ruth et Naomi nous rappellent que la foi, ce n’est pas cela !.
Henry Cloud, dans son livre Necessary Endings, explique que certaines fins sont indispensables. Même si elles sont douloureuses, elles libèrent des ressources et permettent une croissance nouvelle.
Ruth ne pouvait pas s’engager dans une relation nouvelle sans accepter la fin de la précédente saison.
Et toi ?
Que dois-tu laisser derrière toi ?
De quoi dois-tu te dévêtir pour revêtir l’avenir que Dieu te propose ?
Let Go, Let God; ou une foi active?
L’expression « Let go, let God » est belle, mais elle ne signifie pas l’inaction. Elle parle de déposer le poids émotionnel, de renoncer au contrôle. Elle ne parle pas de passivité ou d’entretenir une posture de victime. Dieu est notre force. Il nous rend capables, audacieuses, courageuses.
Naomi et Ruth nous offrent un exemple de foi active. Elles prennent un risque réfléchi, cohérent avec leur confiance en Dieu. Elles ont vu sa fidélité dans leur détresse. Elles savent que Le Très-Haut veille sur elles. Elles prennent soin l’une de l’autre. La réponse simple de Ruth — « Je ferai comme tu l’as dit » — témoigne de sa confiance envers Naomi et envers Dieu. Les souffrances qu’elles ont partagées ont engendrées une relation belle et profonde.
Nous découvrirons ensemble, la semaine prochaine, la réaction de Boaz à l’entreprise courageuse de Ruth. Mais j’aimerais conclure avec quelques réflexions plus personnelles
Peut-être que, comme Naomi, ta vie a été marquée par des larmes, des deuils, des épreuves. Arrives-tu à discerner la souveraineté de Dieu dans ton histoire passée ? Le laisses-tu transformer ton amertume en foi et en courage ?
Dieu est parfaitement souverain, oui. Mais tu demeures complètement responsable de tes choix pour construire ton avenir.
Ruth ne connaissait pas la fin de l’histoire. Elle ignorait comment Boaz réagirait. Mais elle ne s’est pas laissé paralyser par l’inconnu. Personne ne connaît l’avenir. C’est parfois effrayant. Mais nous avons ce privilège d’avancer avec confiance en Celui qui règne sur toutes choses.
Invite Dieu à venir guérir ton cœur, comme il l’a fait pour Naomi.
Lève-toi.
Débarrasse-toi de ce qui t’empêche d’entrer pleinement dans l’avenir que Dieu a préparé pour toi.
Ne te laisse pas paralyser par l’inconnu.
Car Dieu est avec toi, chaque jour, et c’est la meilleure assurance pour demain. Alors, fonce… et avance avec foi…
Auteur/autrice
myrillesm@gmail.com
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