#11 Boaz, un maître selon le cœur de Dieu (b)
Boaz était un homme bon et un maitre généreux. Nous verrons dans la suite du récit que cette générosité était désintéressée et profondément sincère.
Et moi, suis-je généreuse ? Quels sont les motivations, la source et le but de mes œuvres ?
J’ai beaucoup aimé les réflexion de Miroslav Volf, dans son livre, Against the Tide [1] qui met en lumière les fausses formes de générosité et de justice.
Parfois, mes dons sont calculés. Ils attendent quelque chose en retour, ils préservent mon pouvoir, mon avantage moral ou ma respectabilité. Je donne, mais je m’attends à recevoir. Je reste maîtresse de la transaction, qui demeure à mon avantage. C’est en réalité un échange déguisé.
Peut-être que beaucoup de mes gestes « généreux » semblent justes, mais ils maintiennent l’autre à distance et l’installent, d’une certaine manière, dans une forme de redevabilité. Je donne, mais je ne prends pas de risque. Je ne partage pas vraiment ma table. Je ne laisse pas l’autre entrer dans mon espace, dans mon intimité. C’est un don sans véritable partage, sans accueil réel.
Est-ce que je regarde et j’invite les « démunis » autour de moi comme des membres de ma famille ? Est-ce que je leur offre ma protection, ma bienveillance, mon secours ? Est-ce que je les invite à ma table, comme Boaz l’a fait envers Ruth ?
Peut-être qu’en lisant ces questions, ces réflexions, tu repenses spontanément à l’exemple incroyable de Dieu lui-même. Il est venu jusqu’à nous. Il s’est incarné, il a vécu parmi nous, il a mangé avec nous et s’est donné lui-même. Ce don n’était pas conditionné par le mérite et n’attendait rien en retour, n’entretient pas une dette mais nous invite à une relation .
Jésus pose son regard d’amour sur chacun de nous : il nous voit. Ici-bas, il a pris des risques, jusqu’à donner sa vie, afin que nous puissions être accueillis dans sa famille pour l’éternité.
Il est bon de revenir sans cesse à l’exemple de Christ et de méditer encore et encore la richesse du don qu’il nous a fait, afin d’apprendre à aimer sans rien attendre en retour.
Par le prophète Ésaïe, Dieu décrit cette générosité sans condition, cet amour véritable, et nous en donne des exemples concrets :
« Voici le genre de jeûne que je préconise :
Détacher les chaînes dues à la méchanceté,
dénouer les liens de l’esclavage,
renvoyer libres ceux qu’on maltraite.
Mettez fin aux contraintes de toute sorte !
Partage ton pain avec celui qui a faim
et fais entrer chez toi les pauvres sans foyer !
Quand tu vois un homme nu, couvre-le !
Ne cherche pas à éviter celui qui est fait de la même chair que toi !
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore
et ta restauration progressera rapidement ;
ta justice marchera devant toi
et la gloire de l’Éternel sera ton arrière-garde.
Alors tu appelleras et l’Éternel répondra,
tu crieras et il dira : “Me voici !”
Oui, si tu éloignes du milieu de toi la contrainte,
les gestes menaçants et les paroles mauvaises,
si tu partages tes propres ressources avec celui qui a faim,
si tu réponds aux besoins de l’opprimé,
ta lumière surgira au milieu des ténèbres
et ton obscurité sera pareille à la clarté de midi.
L’Éternel sera constamment ton guide,
il répondra à tes besoins dans les lieux arides
et il redonnera des forces à tes membres.
Tu seras comme un jardin bien arrosé,
comme une source dont l’eau ne cesse de couler. » (Ésaïe 58)
Comment mettre cela en pratique aujourd’hui, dans un contexte où il n’est pas facile de faire confiance ?
J’aimerais te proposer trois pistes de réflexion.
Demeure en Christ et garde ton cœur
Peut-être ressens-tu une tension entre « être et faire », entre « adorer et servir » ?
Nous vivons dans une société qui valorise le rendement et l’efficacité au détriment de la contemplation et de la méditation. Pourtant, selon la Bible, tout est lié : toutes choses jaillissent d’une même source — ton cœur (Marc 7.21-22).
Dieu t’invite donc à « garder ton cœur plus que toute autre chose, car de lui jaillissent les sources de la vie » (Proverbes 4.23). Tu ne peux pas faire l’économie de nourrir ton cœur en te plongeant dans la loi de Dieu, de chercher sa face, de demeurer en lui, de comprendre son cœur, d’étudier et de méditer les Écritures, de rechercher la sagesse divine comme un trésor précieux.
« Si tu cherches la sagesse comme l’argent, si tu la poursuis comme un trésor… tu comprendras alors ce que sont la justice, l’équité, la droiture, toutes les routes qui mènent au bien. En effet, la sagesse viendra dans ton cœur et la connaissance fera les délices de ton âme. » (Proverbes 2.4, 9-10) Si tu graves la sagesse de Dieu dans ton cœur, tu comprendras la justice, l’équité, la droiture, le bien et la générosité — et comment les vivre au quotidien. Tes gestes d’amour deviendront des actes d’adoration, étroitement liés à ton temps de silence avec Dieu.
L’obéissance aux commandements de Dieu et le secours apporté à celui qui est dans le besoin sont le fruit de ton intimité avec Dieu et de l’œuvre du Saint-Esprit en toi.
Tu te souviens qu’un des thèmes essentiels du livre de Ruth est la souveraineté et la providence de Dieu. Dieu sait. Dieu dirige. Que tu en sois consciente ou non, que ce soit visible ou caché. Paul, dans le chapitre 2 de la lettre aux Éphésiens, rappelle que Dieu, dans sa souveraineté, nous a créées et sauvées par grâce afin que nous pratiquions « les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance » (Éphésiens 2.10). Dans sa souveraineté, Dieu t’a aimée, créée, sauvée, afin que tu le suives et que tu pratiques l’adoration, l’obéissance, les œuvres d’amour, de justice et de générosité qu’il a préparées pour toi. La condition pour connaître ces œuvres et y entrer est de demeurer en lui, car sans lui tu ne peux rien faire. (Jean 15.5)
Si tu es appelée à agir, à être généreuse, n’oublie jamais que la source de chacun de tes gestes est la grâce, l’amour et la puissance de Dieu. Tes œuvres ne gagnent pas sa faveur et ne te justifient pas devant lui (Tites 3 : 4-7). Elles sont simplement la réponse reconnaissante et aimante qui jaillit d’un cœur transformé.
Place-toi à l’abri des ailes du Dieu vivant ; qu’il soit ton refuge (Psaume 46).
Timothée Keller, dans son livre Generous Justice : How God’s Grace Makes Us Just and Then Generous[2], propose une réflexion intéressante. Il nous exhorte à reconnaître notre justification par grâce seule et à trouver satisfaction et liberté à l’abri des ailes de Dieu afin d’être libres, à notre tour, de prendre soin des autres.
Si tu te réfugies en Dieu, si tu es convaincue qu’il prend soin de toi et que tu trouves en lui ta satisfaction, si tu es libérée des craintes liées à ta propre sécurité, alors tu peux servir les autres. Libérée de la pression de tes besoins, de tes convoitises et de ton égocentrisme, tu peux utiliser ton temps, tes dons, tes ressources et tes compétences pour prendre soin des personnes vulnérables, exclues ou différentes.
Ruth a compris cela. Elle a d’abord choisi de se placer sous la protection de l’Éternel en quittant son pays et sa famille pour suivre Naomi à Bethléhem, le pays de l’alliance. Puis, humblement, elle s’est mise en marche pour prendre soin de sa belle-mère. Elle a ensuite su discerner la main de Dieu dans la bienveillance de Boaz. Naomi aussi a compris que Dieu utilisait Boaz pour exprimer sa bonté et a encouragé Ruth à rester dans son champ. Ruth n’est pas allée chercher de l’aide ailleurs : elle a fait confiance.
Toi aussi, tu es invitée à rester dans le « champ » de Dieu — dans le cadre défini par sa Parole — là où il promet de pourvoir. Lui seul donne sens à ta vie et répond à tes besoins. Demeure en lui, car il est ton refuge. Sois libérée de toi-même et deviens un canal de bénédiction pour les pauvres et les délaissés que Dieu aime, auprès desquels il t’appelle à être ses mains et ses pieds.
Considère l’exemple de Jésus
Je me sens souvent submergée par l’immensité des besoins autour de moi et dans le monde. Cela peut devenir un prétexte à l’inaction : quelle différence fera la petite goutte d’eau que je pourrais apporter dans l’océan des besoins ?
Alors je repense à Jésus.
Il a côtoyé les pauvres avec amour et douceur. Il est allé vers ceux que la société rejetait plutôt que vers les riches et les puissants. Il n’a pourtant pas éradiqué la pauvreté. Il a même déclaré : « Vous aurez toujours les pauvres avec vous» (Matthieu 26.11). Cependant, par son enseignement — notamment dans le Sermon sur la montagne — il a renversé les valeurs et les préjugés de son époque et a appelé à l’humilité et à la générosité.
Dieu ne nous demande pas de sauver le monde ni d’éradiquer toutes les injustices. Il affirme que l’harmonie et la justice parfaites viendront lors du retour et du règne de Christ (Romains 8.22 ; 2 Pierre 3.13). Mais nous pouvons donc prendre soin des pauvres et des personnes vulnérables en étant conscients de nos limites.
Nous avons une responsabilité individuelle et collective envers les plus faibles. La loi de l’Ancien Testament et les enseignements de Jésus nous invitent à porter sur eux le même regard que lui, à les accueillir et à répondre à leurs besoins. Dieu, dans sa sagesse, nous a créés uniques, avec des dons, des compétences et des expériences particulières. Ainsi, nous pouvons répondre à cet immense défi sous des angles complémentaires, toujours avec générosité et amour, en dépassant le strict raisonnable pour entrer dans l’extraordinaire — comme Boaz l’a fait.
Si la dîme était clairement établie dans la loi de l’Ancien Testament (Genèse 14 :20, 28 :22, Lévitiques 27 :30, Deutéronome 12 :11), elle n’est pas explicitement enseignée dans le Nouveau Testament. Paul, juif érudit et versé dans la connaissance de la loi, n’enseigne pas la dîme comme critère de générosité. Jésus lui-même a critiqué ceux qui donnent la dîme mais manquent d’amour. En revanche, il a honoré la veuve qui donnait de manière sacrificielle. (Luc 21: 2-3)
Par son exemple, Jésus dépasse toutes les limites du raisonnable. Il nous invite, à notre tour, à nous donner nous-mêmes — notre vie, nos dons, notre temps, nos ressources, nos compétences — avec générosité et sacrifice, par amour. « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15.12-13).
Ensemble, nous sommes appelés à aimer comme il a aimé, à refléter et à manifester le cœur d’amour de Dieu, afin que le monde sache qu’il a prouvé son amour envers nous par Christ (Romains 5.8). Il a fait le don le plus parfait et le plus radical de toute l’histoire de l’humanité — et il nous invite à marcher sur ses traces, par amour…
[1] Miroslav Volf, Against the Tide: Love in a Time of Petty Dreams and Persisting Enmities. WM.B. Eerdmans, Publishing Co, Grand Rapids/Cambridge, 4 Janvier 2010
[2] Timothy Keller, Generous Justice: How God’s Grace Makes Us Just and Then Generous. Penguin Publishing group, 7 août 2012
Auteur/autrice
myrillesm@gmail.com
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