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Boaz, dès son entrée dans le récit, est présenté comme un maître puissant et bienveillant. Il agit avec une grâce inconditionnelle, une générosité remarquable et il va au-delà de ce que demande la loi.

Ruth et Boaz vivaient dans des temps troublés pendant lesquels, nous l’avons vu, les gens avaient rejeté la loi de Dieu, et s’enfoncent dans l’idolâtrie, la violence et l’injustice. Pourtant, au milieu de ce tableau sombre se tient Boaz. Il est un homme intègre, un homme soumis à Dieu et à sa loi, non seulement en théorie, mais son amour pour Dieu inspire chacun de ses gestes, de ses paroles, sa manière de diriger son domaine, d’interagir avec ses ouvriers, et même avec les pauvres et les étrangers. Les œuvres de Boaz témoignent de sa foi, une foi vivante et authentique.

Qu’est ce qui inspire Boaz à avoir une telle attitude ?

Pour comprendre les choix de Boaz, il faut revenir un peu en arrière, à l’origine du peuple hébreux. Dieu a choisi un homme, Abraham, en a fait une famille, un clan. A la suite à des conflits entre frères, l’un d’eux, Joseph, est vendu et se retrouve en Égypte. Après de longues années de servitude, d’emprisonnement, il deviendra le bras droit de Pharaon. Son père Jacob et ses frères le rejoindront dans ce pays préparé pour faire face à une terrible famine qui sévit dans tous les régions alentours.

Peu à peu, les descendants de Jospeh se multiplient et deviennent un peuple nombreux et puissant. Cette croissance inquiète les pharaons successifs. Progressivement, ils retirent aux Hébreux leur liberté et les réduisent en esclavage. Dieu patiente alors pendant quatre cents ans, observant, le cœur brisé, son peuple maltraité, humilié et opprimé par les Égyptiens.

Dieu suscite alors Moïse, qui aurait dû mourir comme tous les bébés hébreux mâles condamnés par le décret de Pharaon, mais qui est « sauvé des eaux ». Accueilli à la cour de Pharaon, Moïse bénéficie d’une éducation exceptionnelle et acquiert une identité unique : à la fois fils du peuple hébreu et fils adoptif de la fille de Pharaon. Par cet homme, Dieu libérera son peuple et exercera son jugement sur Pharaon et son armée, coupables d’atrocités envers les Hébreux.

Dieu libère d’abord son peuple de l’esclavage, puis il le conduit en sécurité. Là, au désert, il lui rappelle son alliance :

« Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte et la façon dont je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez personnellement parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient. Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Exode 19.4-6)

Il donne la loi[1] à son peuple, loi que Jacques appellera la « loi de la liberté » En effet, le but de cette loi était de conserver la vie et la liberté à sa cette nation naissante qui allait faire face à l’opposition, aux conflits externes et aux déchirements internes.

Dieu appelle son peuple à construire une nation radicalement différente : une nation sans favoritisme, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et partage ses ressources.

« Vous aimerez l’étranger, car vous avez été étrangers en Égypte. » (Deutéronome 10.19)

Il s’agit d’une nation appelée à refléter le cœur même de Dieu, et à témoigner, par sa manière de vivre, de l’amour et de la justice de Yahvé auprès des autres peuples. Une nation à part, fondée sur une loi et une économie uniques, d’origine divine, reflétant le cœur de Dieu en toutes choses.

Dieu demande à son peuple de se souvenir constamment de son propre passé, afin de ne jamais mépriser le faible et l’étranger. Il invite les Hébreux à accueillir l’étranger, à partager et à aimer avec générosité les faibles et les personnes vulnérables.

De la même manière, Dieu nous demande aujourd’hui de ne jamais oublier d’où il est venu nous sauver, de la condamnation et de l’esclavage du péché dont il nous a délivrés, afin que nous portions, à notre tour, secours à ceux qui vivent sous l’esclavage de la pauvreté, de l’injustice et de l’oppression.

Si le Créateur de l’univers a inscrit, dès les fondements de l’identité de son peuple, l’importance de prendre soin des personnes vulnérables et d’accueillir les étrangers, c’est que cela est précieux à son cœur. Cette priorité traverse l’ensemble des Écritures, de l’Ancien au Nouveau Testament.

« Exploiter le faible, c’est insulter son créateur, mais faire grâce au pauvre, c’est l’honorer ». Proverbes 14 :31

Jésus leur disait dans son enseignement : « Attention aux spécialistes de la loi …ils dépouillent les veuves de leurs biens tout en faisant pour l’apparence de longues prières. Ils seront jugés plus sévèrement. » Marc 12 : 38-40

Ou encore :

« Mais malheur à vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, mais vous négligez la justice et l’amour de Dieu »  Luc 11 : 42

Cette attitude de générosité envers les exclus et les pauvres était encouragée et accompagnée d’une promesse :

« Celui qui accorde une faveur au pauvre prête à l’Éternel, qui lui rendra son bienfait. » Proverbes 19 :17

Dans les textes que nous avons lus, Boaz ne se contente pas d’appliquer la loi de manière minimale, en tolérant de loin le glanage des pauvres et des étrangers. Il va bien au-delà. Il voit Ruth. Il s’approche d’elle. Il lui parle avec respect et bienveillance. Il l’invite à sa table et assure sa sécurité auprès de ses ouvriers. Ruth est accueillie comme faisant partie de son équipe, comme un membre de sa famille.

Boaz ne s’arrête pas là : il demande encore discrètement à ses ouvriers de laisser volontairement tomber des épis afin que le glanage de Ruth soit abondant.

Boaz fait preuve d’une générosité audacieuse. Il accepte de prendre un risque social, de sortir du cadre habituel des pratiques de son époque. Il partage sa nourriture, son espace, sa famille et sa protection avec une femme étrangère, issue d’un peuple ennemi.

Comme Boaz et Ruth, nous vivons aujourd’hui dans un monde troublé. Nous sommes quotidiennement exposés à des récits de justice bafouée, de violence gratuite, de famine, de manipulation médiatique et de guerres, parfois à nos portes.

– Plus de 15 000 enfants meurent de faim chaque jour.

– La moitié du monde vit avec moins de 2 dollars par jour.

– Plus de 122 millions de personnes fuient à cause des conflits, de la persécution, des violences…

Que ressens-tu face à la souffrance injuste, massive et persistante ?

Le cœur de Dieu et ses commandements nous invitent clairement à prendre soin des étrangers, des veuves et des orphelins, de personnes vulnérables ou exclues de notre société. Comment te sens-tu concernée aujourd’hui, au XXIe siècle ?

Sans prétendre épuiser l’ensemble de l’enseignement biblique sur ce sujet, je veux me laisser inspirer par l’exemple de Boaz pour reconsidérer mon regard et mes gestes envers l’étranger, la veuve, l’orphelin et toute personne vulnérable.

Aujourd’hui, je ne peux jamais oublier que je suis gratuitement déclarée juste par la grâce de Dieu manifestée par l’œuvre de Jésus-Christ (Romains 3 : 22-25). Je suis réconciliée avec Dieu par la foi en l’œuvre de Christ, et que je ne mérite rien, que je ne fais rien mis à part de croire et recevoir ce don de Dieu (Ephésiens 2 : 4-8). Ce n’est pas par mes œuvres. Je ne serai jamais assez juste pour satisfaire à la justice de Dieu ! Dieu a dû satisfaire à cette justice lui-même, par la vie et la mort de Christ, à ma place ! C’est donc par la foi, seule…

L’apôtre Jacques approfondit cette vérité en affirmant que la foi véritable se manifeste nécessairement par des œuvres, car une foi sans œuvres est morte (Jacques 2.14-17). Mes œuvres ne peuvent ni me libérer de l’esclavage du péché, ni me réconcilier avec Dieu. Elles sont la réponse reconnaissante et aimante d’un cœur transformé. Je ne fais pas le bien pour obtenir la faveur de Dieu, mais parce que j’ai déjà reçu sa faveur.

Dès lors, ma passion devient de refléter le cœur de Dieu, d’être ses mains et ses pieds, de vivre sa grâce, sa justice et sa bienveillance là où je suis, en allant, comme Boaz, au-delà de la simple observance de la loi. Je ne sauve pas le monde : je le sers.

Ainsi, je peux m’interroger : le regard que je pose que les gens différents, exclus, vulnérables, étrangers, reflète-t-il l’amour de Dieu, le regard que Dieu pose sur moi ?

Quel regard Dieu pose-t-il sur moi ? Est-ce que je mérite son amour, sa grâce, ce don de la vie de Jésus-Christ ? Est-ce que je mérite d’être accueillie dans sa famille ? Nous l’avons vu précédemment, tout est par grâce, seule. Si je réalise ma dette éternelle envers Dieu, si je me reconnais « pauvre en esprit », alors, lorsque je regarde une personne  pauvre et vulnérable, c’est comme si je me regardais dans un miroir. (Matthieu 5 :3). Je me sens concernée.

Est-ce que ce qui émane de ma vie, de mon histoire, est le reflet de la grâce et de l’amour magistral de Dieu en moi ? Ou bien, au fond de moi, je pense mériter, même un tout petit peu, la faveur de Dieu par mes œuvres, je ne me considère pas si mauvaise et je me permets de me placer au-dessus des autres, des personnes différentes, des pauvres en particulier, et de les mépriser ?

Notre attitude envers les pauvres révèle l’attitude de notre cœur envers Dieu ! (Prov 14 : 31). Une vie consacrée à rendre justice et aider les pauvres est un témoignage puissant à la gloire de Dieu et preuve de son œuvre vivante en nous !

L’Evangile transcende tous les systèmes sociaux afin de nous rendre UN en Christ. (1 Cor 12 :13) L’Evangile n’efface pas les différences, mais par son Esprit, il change notre regard et nos cœurs.

L’Apôtre Jacques rappelle les fondements de l’Évangile et du cœur de Dieu. Aux riches, il enseigne qu’ils n’ont pas plus de mérite qui les autres et qu’ils ne valent pas plus que la fleur de l’herbe. A l’inverse, Il encourage les pauvres à être fiers et à se réjouir de ce qu’ils sont fils et filles du Très-Haut ! (Jacques : 9-11)

Tu es sauvée par grâce. Tu n’es pas définie par les normes et les forces extérieures, tu as de la valeur, que tu es aimée inconditionnellement, quoique tu aies fait  ou que tu n’aies pas fait ! D’étrangère loin de Dieu, tu es appelée fille du Très-Haut. Et à ton tour, tu apprends à aimer de manière inconditionnelle, sans préjugés des niveaux sociaux, des races, des choix de vie…

Si nous vivons de cette manière, si nos regards posés reflètent le cœur de Dieu, alors le monde pourra voir, à travers l’Église, l’amour, la justice et la grâce de Dieu à l’œuvre.

Lorsque je porte sur les personnes vulnérables un regard semblable à celui de Dieu porte sur moi, alors la vision du pauvre envers lui-même est transformée. Ainsi s’ouvre le chemin de guérison et de rédemption.

Boaz, animé de l’amour de Dieu, a posé un regard guérissant sur Ruth, il l’a vue, il lui a parlé, il l’accueillie. Mais il a aussi agi et mis en place un plan discret pour lui venir en aide, en valorisant son travail, sa persévérance. Il n’a en rien tenté de valoriser sa richesse, sa générosité, au contraire, il agit dans l’ombre afin d’affirmer la place que Ruth est en train de trouver dans cette société toute nouvelle pour elle.

Boaz agit pour Ruth, et pour honorer Dieu, et non pour lui-même…

La justice selon Dieu est généreuse, humble et pleine d’espérance. Elle témoigne du Royaume de Dieu est en nous.

Je te propose de continuer notre réflexion, la semaine prochaine, en réfléchissant aux buts et motivations de nos actes de générosité et de service, et nous explorerons quelques pistes de réponses concrètes.


[1] Dans ces longs chapitres de la loi ((Exode – Lévitiques-Nombres-Deutéronomes), il y a vraiment des trésors de sagesse dans les domaines les plus étranges, l’hygiène, l’organisation familiale, sociale, les rôles et les responsabilités dans cette nouvelle nation en construction, les as-tu déjà découverts ? Ces pages et ces pages d’ordonnances peuvent sembler étranges lorsqu’on les aborde avec la vision du monde du 21ème siècle, et pourtant, elles contiennent des principes de vie et de justice incroyablement sages et pertinents aujourd’hui encore ! Et je ne suis pas du tout une spécialiste, je découvre et je m’émerveille, j’ai encore tant à apprendre... mais c’est passionnant!

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