#15 Ruth et Boaz, The Happy End… mais pas seulement !
Enfin, le rideau se lève sur le dernier tableau de notre récit.
Dans le chapitre 3, nous avons été témoins de cette rencontre nocturne, délicate et pleine de tension, entre Boaz et Ruth. Déjà, au chapitre 2, Boaz avait manifesté une bienveillance remarquable envers cette jeune femme étrangère, veuve et moabite. Il avait discerné en elle bien plus que sa condition : une femme de valeur, courageuse, venue se réfugier sous les ailes de Yahwe. Il avait perçu son cœur, entendu sa foi. Et, avec une grande finesse, il lui avait laissé entrevoir son désir d’être l’instrument de Dieu pour prendre soin d’elle.
Ruth et Naomi, à leur tour, avaient compris le cœur de Boaz. Ruth, confiante, a l’audace de se rendre sur l’aire de battage, en pleine nuit. Boaz, surpris, est un homme bon et sage. il accueille sa démarche avec respect et bienveillance. Tout semble alors parfaitement aligné… jusqu’au moment où tombe cette nouvelle inattendue : un autre parent possède un droit de rachat prioritaire.
Une ombre passe. Une attente de plus. Une incertitude nouvelle.
Mais Boaz ne s’arrête pas à ce constat : il promet d’agir.
À l’aube, fidèle à sa parole, il se rend à la porte de la ville, ce lieu public où siègent les anciens et les autorités. Avec une autorité douce et naturelle, il rassemble les témoins nécessaires. Et voilà que, presque comme par hasard, l’homme concerné passe lui aussi par là. Rien n’est laissé au hasard dans cette histoire.
Devant tous, Boaz expose la situation. L’homme sans nom, apprenant qu’il peut acquérir les terres d’Elimelech, se montre d’abord enthousiaste. Agrandir son domaine ? L’occasion est belle. Naomi, âgée, ne représente aucun risque pour son héritage. Alors il prononce ces mots que nous redoutons :
« Je rachèterai. » Et tout semble basculer.
Mais Boaz, avec sagesse, précise alors ce que cela implique réellement : avec les terres vient Ruth, la moabite. Et avec elle, le devoir de lui donner une descendance. Un fils qui porterait le nom du défunt Machlon et qui hériterait des biens.
Le visage de l’homme sans nom change. Il comprend soudain. Ce qui semblait être un gain devient un risque. Il hésite, puis recule :
« Je ne peux pas racheter, de peur de compromettre mon héritage. »
Ainsi, celui qui avait la priorité renonce. Et, bien que sa décision permette à l’histoire de Ruth et Boaz de s’accomplir, elle révèle aussi son égoïsme, car il choisit de préserver ses intérêts plutôt que de venir en aide à sa famille.
Fait frappant : cet homme restera sans nom, bien qu’il n’est pas imaginable que Boaz et le reste de la communauté aient ignoré son nom! Alors même que toute la discussion porte sur la transmission, la mémoire, l’héritage… lui disparaît dans l’anonymat. Comme si son refus de se donner le rendait insignifiant aux yeux de l’histoire. (Deutéronome 25 : 5-10)
Et nous ? Ne nous arrive-t-il pas, parfois, de lui ressembler ? Lorsque nos choix sont guidés par la peur de perdre, par le calcul, par l’égoïsme ? Toute la loi de Dieu appelle à autre chose : à la générosité, à la bienveillance, à placer l’autre avant soi. Une vision profondément à contre-courant de notre société, qui valorise avant tout le bien-être personnel et l’accomplissement individuel.
Christ, par sa vie et sa mort, accomplit parfaitement cette loi d’amour . Et Paul, dans sa lettre au Philippiens, nous invite à lui ressembler : « Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ : lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. » (Philippiens 2 : 5-8)
Vivre selon le cadre que Dieu, notre Créateur, nous propose est un véritable défi dans une société qui rejette les valeurs du Royaume de Dieu. Pourtant, c’est un choix que nous sommes appelés à faire chaque jour — comme Ruth et Boaz l’ont si bien illustré par leur vie.
La Parole de Dieu nous invite à chercher d’abord son Royaume (Matthieu 6:33), à en embrasser les principes et à en faire notre priorité. Dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5), Jésus pose les fondements de ce Royaume. Des valeurs radicales, puissantes, qui ont bouleversé le monde religieux de son époque… et qui continuent encore aujourd’hui de déranger, de questionner, de transformer. Car Jésus ne parle pas de religion. Il ne parle pas de règles à suivre ou de devoirs à accomplir. Il parle de relation. Il parle d’amour.
Il est le chemin qui nous réconcilie avec Dieu. Et cette relation change tout. Elle nous transforme de l’intérieur, comme un fruit qui grandit en nous par l’action de son Esprit (Galates 5 :22).
Cette transformation ne vient pas de nos efforts. Elle ne se fabrique pas. Elle se reçoit. Elle se vit dans un partenariat avec Dieu.
Notre part ? Demeurer aux pieds de Jésus. Apprendre à le connaître, à le reconnaître dans notre quotidien, dans sa Parole. Lui laisser accès à notre cœur. Accepter qu’il révèle ce qui doit être changé. Lui remettre nos fardeaux. Aimer comme il nous a aimés. C’est un chemin. Un choix quotidien. Celui d’être vraie, sans masque. Celui de se laisser transformer par l’Esprit de Dieu, qui éclaire les zones sombres, met en lumière ce qui est toxique, et nous invite à lâcher prise, à confesser, à renoncer.
Dieu est présent à chaque étape — dans le processus, dans la guérison, dans la transformation.
Mais comme Ruth l’a démontré à plusieurs reprises… le choix nous appartient.
Revenons à nos héros.
Le soulagement de Boaz est palpable lorsque l’homme lui cède son droit, scellant la transaction en lui remettant sa sandale. Le geste est simple, mais lourd de sens. Autour d’eux, la foule s’est rassemblée. Peut-être même Ruth et Naomi observent-elles la scène à distance, le cœur suspendu à l’issue de cet échange. Alors Boaz prend la parole :
« Vous êtes témoins aujourd’hui que j’ai acquis de la main de Naomi tout ce qui appartenait à Elimelech, à Kiljon et à Machlon,et que j’ai également acquis pour femme Ruth la Moabite, femme de Machlon, pour maintenir le nom du défunt sur son héritage afin qu’il ne disparaisse pas parmi ses frères ni à la porte de sa ville. Vous en êtes témoins aujourd’hui !» (Ruth 4 : 9-10)
Enfin. Ruth, l’étrangère, la veuve, celle qui glanait dans les champs, devient l’épouse de Boaz, homme respecté et généreux. Et la foule éclate en bénédictions, invoquant sur elle la fécondité de Rachel et Léa, épouses de Jacob, mères des douze tribus d’Israël (Genèse 29, 30).
Quel contraste ! Là où l’autre homme a reculé, Boaz avance. Là où l’un calcule, l’autre se donne. Il ne pense ni à son confort, ni à son héritage, mais à ce qui est juste, à ce qui honore Dieu, à ce qui restaure une famille.
Son amour est patient, bienveillant, désintéressé. Un amour qui ressemble déjà à celui décrit par l’apôtre Paul bien plus tard : « L’amour patient, il est plein de bonté ; il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ;il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. ». (1 Corinthiens 13 : 4-7) Un amour qui ne cherche pas son propre intérêt, qui espère, qui supporte, qui se donne. Boaz, déjà à son époque, puise sa force et son amour dans sa relation avec Yaweh, attitude humble d’obéissance à sa loi, bienveillance pour son peuple. Il a développé ce caractère et une éthique de vie ancrée dans la générosité, dans la loyauté, dans le service et le don de soi.
Boaz prend Ruth comme épouse. Et Yaweh intervient. Il permet à Ruth de concevoir et elle donne naissance à un fils. C’est une rare occasion où le nom de Yaweh est mentionné. Pourtant, tout au long du récit, on constate son action : la vie a remplacé la mort, la moisson la famine, la bénédiction a succédé à la malédiction, la reconnaissance a remplacé l’amertume, l’espoir le désespoir, la satisfaction le vide, la sécurité la vulnérabilité. Naomi, autrefois brisée, tient désormais dans ses bras un petit-fils. Elle qui était revenue vide est maintenant comblée. Quel chemin parcouru !
Au commencement du récit, l’auteur, en un verset, sobre, décrit le drame, la mort, le désespoir profond de Naomi. Ensuite, un chapitre entier nous emmène avec Ruth glaner dans un champs et rencontre avec Boaz. Puis, le récit de la nuit mouvementée sur l’aire de battage occupe tout le 3ème chapitre. Et dans le dernier chapitre, après le récit du conseil aux portes de la ville, à nouveau, en un verset, sobre, l’auteur semble apporter la conclusion que nous attendons tous avec impatience depuis la première rencontre : Ruth, la moabite, devient l’épouse de Boaz, Yaweh leurs donne un fils. Le rideau peut descendre sur la Happy End, ce que nous imaginons être la dernière scène.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a un post scriptum !
Car cet enfant, Obed, devient le père d’Isaï… lui-même père de David, le plus grand roi d’Israël.
Ainsi, ce récit intime, discret, s’inscrit dans une histoire bien plus vaste. La Grande Histoire qui dépasse Ruth, Boaz et Naomi. L’Histoire qui traverse les générations.
Une histoire d’amour. Cosmique. Depuis la fondation du monde et pour l’éternité.
Une histoire de rédemption. Pour toi, pour moi, pour chacun. Pour tous les peuples.
Une histoire dans laquelle Dieu transforme la perte en bénédiction, le vide en plénitude, l’exclusion en appartenance.
Et cette histoire continue…
Elle te concerne. Elle nous concerne.
Comme Ruth, chaque jour, un choix s’offre à nous : rester centrés sur nous-mêmes… ou entrer, par confiance, dans le plan de Dieu.
Le rideau tombe… mais ce n’est pas la fin.
Auteur/autrice
myrillesm@gmail.com
# 17 Naomi, une foi au-delà des doutes
Le nom de Dieu apparaît rarement dans l’histoire de Naomi et de Ruth. Et pourtant, au fil du récit, sa présence et...
Lire la suite#16 La véritable histoire d’Amour… et une mission!
Nous sommes encore émerveillés de la belle fin de l’histoire de Ruth et Naomi, de l’œuvre silencieuse mais souveraine de Yaweh dans...
Lire la suite#14 Ruth, femme de valeur
Aujourd’hui, c’est la journée de la femme ! Prenons quelques instants pour laisser l’écho de la vie de Ruth, la moabite, résonner dans...
Lire la suite#13 Ruth, ou deux ombres dans la nuit
La nuit est tombée.La fête est terminée. Les serviteurs, repus de fatigue et de joie après la moisson, se sont endormis sur...
Lire la suite#12 Ruth: lave-toi, parfume-toi et revêts tes plus beaux habits.
Ruth 3: 1-5 La moisson touche à sa fin. Bientôt, tous les travailleurs se retrouveront sur l’aire de battage, en fin de...
Lire la suite#11 Boaz, un maître selon le cœur de Dieu (b)
Boaz était un homme bon et un maitre généreux. Nous verrons dans la suite du récit que cette générosité était désintéressée et...
Lire la suite